HENRI MATISSE - Lithographies

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Né en 1869 et mort en 1954, Henri Matisse est une figure majeure de la peinture et l’un des artistes les plus importants du XXe siècle. C'est dans les années 40, alors qu'il a 76 ans, que Matisse se lance dans le collage. Il ne peint plus mais cherche à trouver des alliances nouvelles entre formes et couleurs. Ces découpages, inventifs et créatifs vont révolutionner le monde de l'art. Et vont rester dans l'histoire comme sa marque de fabrique. 

LES PAPIERS DÉCOUPÉS

.Les collages apparaissent tardivement et plutôt par hasard dans la vie de Matisse. La maladie le freine dans sa création, il ne bouge pratiquement plus de chez lui. Les médecins lui donnent six mois à vivre, mais pour lutter contre le cancer et malgré ses souffrances, Matisse enchaîne les créations depuis sa maison qu’il transforme progressivement en atelier. Très vite lui vient l’idée du découpage dans de grandes planches de papier. Moins physique, cette technique lui permet de rester assis tout en travaillant. Sans le savoir, Matisse avait inventé un nouveau médium.​​​

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Finalement, Henri Matisse fait mentir les médecins et résiste bien longtemps à la maladie. Dans les années 1940, il est extrêmement prolixe et réalise des centaines de collage, parfois pour des commandes spécifiques (affiches, triptyques, œuvres murales, etc.), d’autre fois simplement pour lui-même.

Le peintre est accompagné d’assistants qui l’aident dans la réalisation de ces collages qui atteignent parfois plusieurs mètres de longueur et de hauteur. La première étape du travail consiste à peindre en couleurs vives de grandes planches de papier. Cette tâche est réalisée par un assistant ou Matisse lui-même. Ensuite, la deuxième étape, réservée au maître, se résume au découpage des formes dans ces papiers peints. Enfin, au moment de l’assemblage, Matisse fait des essais sur les murs de sa propre maison. Une poignée de punaises, un assistant sur un escabeau, Matisse assis au loin guidant les gestes de l’assistant et finalement plusieurs heures ou jours avant d’obtenir le résultat espéré.

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Grâce à cette technique du papier découpé, Matisse retrouve la fluidité du pinceau avec de simples ciseaux. Sa maîtrise du découpage lui permet de contrôler à nouveau ses représentations picturales comme il le faisait dans ses plus jeunes années créatrices. Il retrouvera le jeu des lumières, des couleurs, des formes et en étonnera plus d’un par ses improvisations chromatiques.

 

Nous sommes à la fin de la vie de Matisse, pourtant ces œuvres sont pleines de vie. Les couleurs sont tranchantes, les formes dansantes ; on est séduits par la simplicité apparente du travail. Comme il aimait à le dire, Matisse a réussi la prouesse de « dessiner avec des ciseaux ».

« Le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur. Il s’agit pour moi d’une simplification. Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur — l’un modifiant l’autre — je dessine directement dans la couleur, qui est  d’autant plus mesurée qu’elle n’est pas transposée. Cette simplification garantit une précision dans la réunion des deux moyens qui ne font plus qu’un. » Henri Matisse.

LE JAZZ

Les gouaches découpées, dont les lithographies d'après Jazz sont un très bon exemple, ont été mises au point par Henri Matisse lors d'une longue convalescence à la fin des années 30. Ce livre en édition limitée est composé de vingt planches conçues comme des "improvisations chromatiques et rythmées", selon les mots de l’artiste.

Jazz est le seul ouvrage dont Matisse est à la fois auteur et artiste. Après avoir expérimenté et mis au point la technique de l'illustration par papiers découpés et collages, Matisse accepte enfin la proposition de Tériade d'illustrer un livre entier. C'est lors d'une hospitalisation à Lyon, en 1941, auprès du professeur Santy que Matisse commence à travailler sur ce livre majeur qui n'aurait sans doute jamais vu le jour sans les soins du médecin.
Il remit à son éditeur la maquette de l'ouvrage qu'il intitula Jazz en raison de la dynamique des illustrations qui lui évoquait le rythme et le mouvement d'un orchestre de jazz. Edmond Vairel traduisit les papiers déchirés et les collages en planches illustrées au pochoir et exécuta le coloriage lui-même. Le succès de l'ouvrage fut immédiat.

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"De tous les livres de Matisse, Jazz est sans aucun doute le plus important; il provoque une véritable révolution dans l'oeuvre de l'artiste et dans l'histoire de l'art contemporain... La guerre avait obscurci Paris et les rares lumières qui filtraient par les fenêtres apparaissaient comme des joyaux miraculeux. C'est cette impression qu'avait voulu rendre Matisse en faisant éclater ces étoiles aux couleurs vives sur un fond noir" (Hommage à Tériade). Matisse note à propos des illustrations: "dessiner avec des ciseaux. Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs".

Henri Matisse - "Le Cheval, L'Écuyère et le Clown", 1937 (planche V de "Jazz")
Lithographie 79x58 cm.
© Succession Henri Matisse
Henri Matisse - "La Nageuse dans l'Aquarium", 1937 (planche XII de "Jazz")
Lithographie 79x58 cm.
© Succession Henri Matisse